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Mag #4
4 – Quatrième numéro
Comprendre

Laudato Si et la consommation

Publié le 3 décembre 2020

Dans l’esprit de Laudato Si’ : les Fiches Ecojesuit

L’équipe Ecojesuit cherche à promouvoir une conversion dans nos modes de vie personnels et institutionnels dans l’esprit de l’encyclique Laudato Si’ du pape François. Pour cela, elle propose de nombreuses pistes concrètes pour vivre au quotidien dans cet esprit.

En effet, une plus grande fraternité avec la nature peut nous conduire à l’accueil d’un plus grand amour des autres et de Dieu. Et réciproquement, entrer dans l’intelligence du plan de Dieu, peut nous conduire à désirer plus profondément prendre soin de Sa création et de notre Maison commune.

Fiche Ecojesuit n°12 : Moins consommer

Comme l’affirme Laudato si’, « étant donné que le marché tend à créer un mécanisme consumériste compulsif pour placer ses produits, les personnes finissent par être submergées, dans une spirale d’achats et de dépenses inutiles » (203). Le paradigme consumériste nous touche tous. Que des personnes ou des groupes inventent des « contre-cultures » en dit toute la prégnance. Cette fiche propose quelques pistes d’action et de réflexion pour sortir de la frénésie de la consommation.

Critères de discernement : les 5 R = Réduire – Refuser – Réparer – Réutiliser – Recycler

Nous sommes invités à consommer autrement (en privilégiant par exemple la consommation de produits locaux et de saison pour les fruits et les légumes), mais d’abord, et peut-être avant tout, à consommer moins.

/Réduire et refuser. Puis-je me passer de l’achat de tel bien ? Ai-je vraiment besoin de telle ou telle chose (même si elle est « gratuite ») ? Est-ce que je ne me laisse pas envahir par des « gadgets » ? Ces questions peuvent nous guider pour trouver un rapport plus juste à la consommation.

/Réparer et réutiliser. L’obsolescence programmée rend difficile la réparation d’un bien. Pourquoi ne pas apprendre de nouveaux savoir-faire dans un Repair café (en France, en Belgique, au Luxembourg) ? Ce sera l’occasion de rencontrer les gens de son quartier… Ou pourquoi ne pas tenter sa chance dans un magasin (ou un site internet) d’occasion pour éviter d’acheter neuf ? Pour les livres, par exemple, on pourra trouver des magasins d’occasion (comme les magasins Oxfam Solidarité en Belgique) ou des sites internet (comme www.momox-shop.fr en France).

/Recycler. Si j’achète un nouvel ordinateur (ou téléphone portable, etc.), rien ne sert que l’ancien traine dans mon bureau. Pourquoi ne pas le confier à une Ressourcerie (en France, en Belgique), qui pourra soit le réparer, soit en recycler les matériaux ?

Et aussi : emprunter/prêter et donner

Bien souvent, c’est l’usage d’un bien et non sa possession qui répond à nos besoins. Ainsi, c’est de mobilité dont on a besoin, et pas forcément de la possession d’une voiture. Il en va de même pour beaucoup d’autres choses. Dans cette perspective, on pourra emprunter et prêter des livres, une voiture, un vélo, une échelle, etc., mais aussi donner (à ses voisins ou via un site de don d’objets) ce dont on n’a plus usage et qui pourrait répondre aux besoins d’autres personnes. Que ce soit au sein de nos communautés (se renseigne-t-on, avant d’acheter quelque chose, pour savoir si on ne l’a pas déjà ?) ou de nos communautés vers l’extérieur, ce sont des habitudes et des réflexes à prendre et à encourager.

La question des besoins

Quels besoins essayons-nous de combler en (sur)consommant ? Besoin de reconnaissance sociale ? De sécurité ? De vivre en paix la conscience de sa finitude ? Ces besoins sont à prendre au sérieux. Exerçons-nous à y répondre autrement que par la consommation.

Le saviez-vous ?

Plus de 25 extraits de minerais différents composent notre GSM (téléphone portable). Tous ces minerais sont épuisables et beaucoup sont en voie de pénurie face à l’augmentation permanente de la demande mondiale. L’extraction de ces minerais provoque de nombreux dégâts socio-environnementaux et tend à alimenter des conflits armés. Pensons-y avant de remplacer nos téléphones portables et autres tablettes…
> Source et pistes pour « téléphoner plus juste » : Outil pédagogique de Justice et Paix Belgique

Le coup de pouce du Pape François

“Le bonheur requiert de savoir limiter certains besoins qui nous abrutissent, en nous rendant ainsi disponibles aux multiples possibilités qu’offre la vie”

Laudato si’ 223.

Fiche Ecojesuit n°13 – Consommer local

Pourquoi consommer local ?

Réduire le transport des denrées et objets, et donc réduire les émissions de gaz à effet de serre. En savoir +

Se rapprocher. Alors que nos modes de production et de consommation tendent à déconnecter notre alimentation de la terre qui l’a produite et des hommes qui l’ont cultivée, se fournir auprès de producteurs locaux nous ré-enracine. Et, avec eux, on accède plus ‘naturellement’ aux fruits et légumes de saison ! En savoir +

Qualité de vie. Nous mangeons essentiellement des produits de l’agriculture intensive, pratiquée loin de nos regards, recourant à de nombreux entrants chimiques pour compenser l’appauvrissement des sols ou pour se substituer à ceux-ci (hors-sol). Les effets sur notre santé sont mal mesurés, et cela affecte les qualités nutritives… ainsi que la saveur de notre alimentation ! Nous souvenons-nous du bon goût d’une vraie tomate bien charnue ? En savoir +

Responsabilité sociale. L’argumentaire de Laudato si’ sur l’alimentation consiste surtout à dénoncer l’impact social des systèmes de production intensifs, loin de nos assiettes, et à valoriser les « systèmes alimentaires ruraux de petite dimension » (LS 129). Consommer local, c’est donc aussi ne pas cautionner trop vite les stratégies commerciales agressives des plus gros exploitants – disparition des petits producteurs, pression / exploitation des salariés. Rappelons-nous : « acheter est non seulement un acte économique, mais toujours aussi un acte moral » (LS 206). En savoir +

Comment consommer local ?

De multiples possibilités :
  • S’abonner à un panier hebdomadaire auprès d’un agriculteur (AMAP – France, GAC ou GASAP – Belgique). Si certaines communautés y ont renoncé, faute d’adéquation entre le format du panier fourni et les besoins de la communauté, d’autres continuent à l’apprécier.
  • Aller au marché le plus proche, cela reste le meilleur moyen de se fournir auprès de producteurs locaux.
  • Etre attentif à l’origine des produits, notamment dans les supermarchés qui proposent de plus en plus de produits locaux.
  • Chercher sur internet les aides à l’achat de produit locaux près de chez vous : informations, commandes… Par exemple, La Ruche qui dit OuiLocavor, Circuits-courts et le Réseau des consommateurs responsables.
Un discernement communautaire

Soyons réalistes : cela coûte parfois un peu plus cher, et cela prend du temps. Mais l’invitation du pape à un changement dans nos styles de vie ne se fera pas sans renouveler aussi notre rapport à l’argent et au temps, face à cette urgence écologique. Les questions concrètes à se poser dépendent évidemment de chaque communauté : qui y fait la cuisine ? Les courses ? Qui pourrait aider ? Combien sommes-nous à table ? Pour les communautés faisant appel aux services d’une société de restauration, il est possible de l’aider à évaluer ses pratiques avec la démarche: « Mon restau responsable »

Dépasser le tout ou rien

Ne nous laissons pas piéger. S’il est difficile d’en venir à ne consommer que des produits locaux, cela ne nous empêche pas de faire quelques efforts : le dimanche, le soir… Cela peut devenir un choix pour les repas que nous décidons de soigner (fêtes…). Les ‘groupes de partage’, dans certaines communautés, peuvent s’essayer à devenir plus « locavores », lorsqu’ils partent en week-end ensemble. Privilégions la politique des petits pas !

La joie

Ceux qui le vivent en témoignent : ces efforts, ces nouvelles contraintes requises par la crise écologique, ont aussi une contrepartie positive. Par exemple, le marché peut devenir un temps gratuit : une joie simple peut naître des rencontres, de la circulation entre les étals…Une manière renouvelée d’habiter ce monde… et de vivre en communauté.

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