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Mag #3
3 – Troisième numéro
Comprendre

L’Engagement des frères Missionnaires des campagnes

Publié le 21 octobre 2020

Les Frères du Prieuré Saint François d’Assise à la Carneille nous expliquent comment vivre en « fraternités » pour combler la dette écologique entre le nord et le sud.

La congrégation des Frères Missionnaire des Campagnes fut fondée en 1943 pour l’apostolat dans les campagnes françaises déchristianisées. La congrégation des Sœurs des campagnes fut fondée dans le même esprit peu de temps après. En 1967, le chapitre décide d’envoyer des frères au Togo et en 1985, des frères africains intègrent la congrégation.
En 1988, des groupes de laïcs commencent à se réunir avec des frères et des sœurs des campagnes dans la Fraternité Missionnaire en Rural.

La culture de la terre, une priorité

Les premiers frères ont été embauchés dans des fermes comme salariés agricoles.

Un Centre de Formation de vachers et de porchers a ensuite été créé dans l’Eure grâce au don d’un domaine agricole, pour permettre à des jeunes d’acquérir un vrai métier. Des frères africains sont venus s’y former et sont repartis dans les communautés d’Afrique pour mettre en application leurs acquis en les adaptant aux réalités locales.

La Charte « Que fais-tu de la terre ? Que fais-tu de ton frère ?

Suite au travail demandé par le chapitre de 2003 sur la Création, un groupe de frères, de sœurs et de laïcs a proposé une charte de l’environnement.

En 2009, le chapitre a interrogé chaque frère sur la « manière (dont) nous exerçons notre responsabilité dans les différents champs de notre vie quotidienne : énergie, alimentation, pesticides nuisibles etc.. ». (p. 6 Communications) Il demande « à chaque frère et à chaque Prieuré de voir concrètement ce que nous vivons de cette charte. (Et) quels moyens nous prenons pour être acteurs avec d’autres dans ce monde qui bouge ? ».

Après le chapitre de 2015 inspiré par les appels de l’encyclique Laudato Si, les frères ont été invité à apporter leur contribution à la sauvegarde de notre maison commune. Réconciliation intérieure et réconciliation avec la création vont de pair et (Laudato Si &219) «la conversion écologique requise pour créer un dynamisme de changement durable est aussi une conversion communautaire».
Le document final du chapitre cite 4 niveaux d’application : « au niveau interne avec soi-même : veiller à un équilibre de vie ; au niveau solidaire en communauté et avec les autres : sobriété, simplicité, etc.. ; au niveau naturel avec tous les êtres vivants : feux de brousse, déforestation, etc. ; au niveau spirituel avec Dieu : s’émerveiller des beautés de la nature, des œuvres des hommes, et louer Dieu. Et plus loin cf. Laudato Si &14 : « Nous avons besoin d’une conversion qui nous unisse tous …. Tous nous pouvons collaborer comme instrument de Dieu pour la sauvegarde de la création, chacun selon sa culture, son expérience, ses initiatives et ses capacités ».

Quel modèle pour l’agriculture de demain ? Une agriculture qui intègre les personnes et leur devenir.

Aujourd’hui, nous constatons que les premiers touchés par le fléau de la malnutrition, sont bien souvent des ruraux : des paysans, des pêcheurs … L’urgence est de redonner espoir aux paysannes et aux paysans dans leur capacité à se nourrir, et à vivre de leur travail partout où nous sommes

A Sokonou au Bénin, au sein d’une ferme de 37 hectares, don de l’évêque de Parakou, les frères s’occupent d’ateliers de « production – formation » dont ils ont fait une « vitrine de pratique ».
A Canappeville, où le premier stage a commencé en 1954, l’enseignement part de l’expérience pratiquée dans les ateliers.
Dans les centres, deux objectifs sont déployés : la production dans une visée d’auto-prise en charge de notre présence missionnaire (vente sur place ou à Parakou) et l’initiation agricole dans une démarche d’auto-promotion car les paysans sont les premiers responsables de leur avenir (sessions courtes auprès de femmes et d’hommes habitant sur la piste vers le Nigéria). Agriculture et élevage sont pratiqués :

  • Cultures de maïs, de haricot fourrage, d’arachides, de riz ; maraîchage en saison sèche et en saison des pluies de toutes sortes de légumes ; arboriculture : manguiers greffés, agrumes variés, bananeraie.
  • Elevage de poulets de chair, de poules pondeuses, de lapins, de porcs ; apiculture ; pisciculture dans l’étang

Au nord du Togo, à Pouda, dans un village où la population pluriethnique vit à 95% de l’agriculture, des sœurs des campagnes ont installé leur prieuré.
Les missions des sœurs sont l’évangélisation et le développement. Le travail au champ permet une véritable proximité. Dans les activités de développement les femmes expriment leurs besoins pour une l’amélioration des conditions de vie. C’est l’autopromotion de l’ensemble de la population que nous désirons favoriser.

Ainsi, en vivant en petites fraternités, des frères et des sœurs, africains et français, essayent, à leur manière de combler un peu ‘la dette écologique’ entre le nord et le sud : en s’investissant auprès des paysannes et des paysans, ils et elles mettent en œuvre en pays français, béninois et togolais, l’option préférentielle pour les pauvres qui est signe de la présence du Christ.

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